À l’échelle d’un continent aussi vaste que l’Afrique, deux préoccupations dominent constamment les travaux relatifs à l’art : où situer les zones les mieux connues et les plus anciennes de production ? Quels rapports chronologiques et spatiaux ces zones ont-elles entretenus entre elles ? Pour répondre à ces questions, le regard se porterait volontiers vers l’Égypte ancienne considérée comme source de toute valeur. Les choses semblent désormais moins simples, même si n’est encore dévoilée qu’une faible part des œuvres qui ont été créées entre les cataractes du Nil, le lac Victoria et le Niger.

L’apparition de l’institution monarchique dans la haute vallée du Nil est peut-être plus ancienne qu’on ne l’a longtemps pensé. En effet, on a récemment suggéré l’existence, dès la seconde moitié du IVe millénaire, d’une monarchie en Basse-Nubie. En témoignerait, entre autres, un brûle-parfum exhumé à Qoustoul, sur lequel sont représentés un personnage portant la haute coiffe qui, à l’époque historique, couronna le roi de Haute-Égypte, et un faucon, désignation du roi et expression de sa nature divine au début de l’histoire égyptienne. Quelles que soient la signification et la datation réelles de ce document, dont l’interprétation est contestée, il montre que, dès l’aube de l’histoire, cette région fut incluse dans la mouvance de l’Égypte.

Le royaume de Kerma

Situé plus au sud, en amont de la troisième cataracte, le site de Kerma atteste, pour sa part, l’existence au IIe millénaire d’un puissant État nubien, connu sous le nom de Koush dans les textes pharaoniques, dont les témoins